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 Synthèse des auditions

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ibukafrance
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MessageSujet: Synthèse des auditions   Jeu 26 Oct - 11:08

Synthèse des auditions du 24/10/2006.


Kigali, 25/10/2006 : Au cours de la première journée
d’audition, trois témoins de contexte ont été entendus par
la Commission Nationale Indépendante chargée d’enquêter sur
le rôle de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda. Il
s’agit respectivement de l’ambassadeur Jacques Bihozagara,
du député Gatabazi Jean Marie Vianney, et du sénateur
Iyamulemye Augustin.

Représentant du FPR (Front Patriotique Rwandais) en Europe
de 1990 à 1994, ministre, ambassadeur du Rwanda en Belgique
puis en France, Jacques Bihozagara a décrit le rôle de la
France en trois étapes :
- D’octobre 1990 à mars 1994 (avant le génocide) ;
- D’avril 1994 à Juillet 1994 (durant le génocide) ;
- D’Août 1994 à ce jour. (après le génocide).

Dans la première phase, Bihozagara accuse la France d’avoir
exacerbé le conflit rwandais en soutenant dès le début et
de manière inconditionnelle le régime qui sera peu après
responsable du génocide. Il formule six accusations
précises contre la France :

1° Avoir endurci les oreilles face aux efforts
d’explications du FPR et d’autres sources sur la nature du
régime de Habyarimana et les raisons profondes de la guerre
du FPR. Les officiels français ont préféré parler de «
guerre de l’Uganda contre le Rwanda pour créer l’empire
Hima-Tutsi » (Alain Jupé) ; de « guerre entre serfs et
seigneurs » (F.Mitterand) ;

2° Avoir diabolisé le FPR en vue de l’isoler. Le général
Quesnot, conseiller à l’Elysée, serait à l’origine du
concept « Khmers noirs » pour désigner le FPR.

3° Avoir persécuté et humilié les responsables du FPR en
vue de les intimider et les décourager. Ici, Bihozagara
évoque l’incident de 1992, lorsque Paul Kagame, à la tête
d’une délégation du FPR en France sur invitation officielle
de ce pays, se fait arrêter et emprisonner pendant environ
10 heures sans explication, après que sa chambre d’hôtel
ait été violemment saccagée par des agents de sécurité
français.

4° Un parti-pris manifeste en faveur du régime Habyarimana.
Bihozagara cite ici deux exemples : la médiation de la
France en 1992 entre le FPR et le gouvernement de
Habyarimana où le FPR s’est rendu compte qu’il négociait
plutôt avec deux parties sans médiation, la France étant
plus radicale que les délégués du gouvernement rwandais.
L’autre exemple est que sur toute la durée des négociations
d’Arusha, il y avait un diplomate français à l’hôtel
Méridien d’Arusha dont le rôle était de conseiller la
délégation gouvernementale sur les positions à prendre ou à
ne pas prendre.

5° La France a livré une guerre médiatique sans merci
contre le FPR, notamment avec les reportages de RFI,
spécialement de Jean Hélène. Les journalistes de RFI qui
commençaient à comprendre et expliquer correctement la
nature du conflit rwandais étaient systématiquement
écartés.

6° La France s’est expréssement fermé aux cris d’alarme qui
annonçaient l’imminence du génocide, notamment le rapport
de la Commission d’Enquête Indépendante de 1993 conduite
par des organisations de défense des droits de l’homme, ou
encore l’interview émouvante de Jean Carbonare –qui faisait
partie de la Commission d’enquête en tant qu’individu
indépendant- sur France 2.

Durant le génocide, la France a usé de son influence pour
créer l’opération turquoise sous prétexte de secourir les
populations menacées de génocide. Et Bihozagara
d’interroger : « Est-ce que le site de Murambi qui héberge
aujourd’hui les restes des dizaines de milliers de victimes
du génocide en plein coeur de la zone turquoise, est-ce
cela la preuve que la France a assuré la sécurité de ceux
qu’elle était supposée venu sécourir ? »

Quant à la troisième phase (après le génocide), Bihozagara
accuse la France de s’être transformée en repaire des
génocidaires et d’offrir un terrain libre aux
révisionnistes et négationistes de tout poils. Il s’étonne
de l’endurcissement de la France là où des pays et des
organisations internationales avec une moindre
responsabilité dans le génocide ont préferé demander pardon
ou exprimer autrement leur compassion.

Le député Jean Marie Vianney Gatabazi était un agent de
l’administration territoriale basé à Byumba, près de la
zone des combats entre 1990 et 1994. Il accuse la France de
trois choses :

1) Avoir directement participé aux combats. Les soldats
français de l’opération Noroît avaient un détachement de 30
à 40 personnes à Gatete (sur la route Base-Kinihira) et ils
utilisaient des armes lourdes installées à Kumurambo,
secteur Kabingo, commune Cyungo, contre les positions du
FPR.
2) Avoir dispensé la formation militaire aux milices
responsables du génocide. Selon un témoignage recueilli en
mars 1994 d’un officier gouvernemental nommé Innocent
Mburuburengero, les Français ont d’abord formé une équipe
de Rwandais à Kotakoli dans l’ex-Zaïre. Et ces mêmes
rwandais ont formé à leur tour environ 600 miliciens à
Kibungo sous la supervision des instructeurs Français.
3) Les militaires Français effectuaient des contrôles
d’identité et des perquisitions sur les barrières à
Nyabugogo (près de Kigali) et à Kirenge (vers Shyorongi).
Aux détenteurs des identités avec mention ethnique « Hutu
», les Français disaient : « passez ». Ceux avec mention
Tutsi étaient retenus pour interrogatoires près des
barrières, et dans la plupart des cas, on ignore ce qui
leur est advenu.

Le sénateur Iyamulemye a dirigé le service des
renseignements intérieurs à la primature entre 1992 et
1994. Il a révelé que les liens de la France avec le Rwanda
se consolident dès la prise du pouvoir par Habyarimana. Il
soutient que la France a soutenu militairement le régime de
Habyarimana avec octroi d’armes, formation, renseignement
militaire etc... .
Les rapports de renseignement établissaient la
participation directe des soldats français dans les combats
; avec des armes lourdes. Les militaires Français
contrôlaient également le Centre criminel de Recherche et
de Documentation où ils s’employaient à faire disparaitre
les traces et les preuves des crimes et violences dont la
montée était fort inquiétante. Les militaires français
participaient également aux fouilles et contrôle des
identités sur des barrières aux abords de Kigali.

L’ambiance générale de cette première journée d’audition
pourrait se résumer à deux aspects importants :
- les dépositions des témoins Bihozagara et Iyamulemye et
les séances de question-réponses qui ont suivi ont été plus
longues, plus détaillées et plus précises en termes
d’information.
- Outre la confirmation des accusations habituelles contre
la France qui se recoupent chez tous les témoins du jour et
qui risquent de revenir encore souvent au cours de cette
phase d’audition des témoins de contexte, on peut retenir
quelques éléments nouveaux suivants :
- Les soldats français contrôlaient le Centre Criminel de
Recherche et de Documentation également connu sous les
appellations tristement célèbres de « Criminologie » ou «
fichier central ». A ce titre, ils se sont rendus plusieurs
fois – et systématiquement – coupables de recel des preuves
de la criminalité et violence grandissante dans le pays à
l’approche du génocide (sénateur Iyamulemye).
- Les soldats français venus rapatrier les étrangers au
début du génocide ont évacué par erreur les enfants
d’Agathe Uwilingiyimana (ex-Premier Ministre), les prenant
pour ceux d’Agathe Kanziga, épouse de Habyarimana. Arrivés
en France, ils se sont rendu compte de leur méprise et ont
chassé les enfants qui se sont retrouvés par la suite dans
un foyer de demandeurs d’asile en Suisse.

http://www.collectifvan.org/article.php?r=4&id=5076
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ibukafrance
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MessageSujet: Re: Synthèse des auditions   Jeu 26 Oct - 18:57

Commission d'enquête citoyenne pour la vérité sur l'implication française dans le génocide des Tutsi du Rwanda publié le : 26-10-2006


« La France n’est nullement impliquée dans le génocide au Rwanda… »

La revue Golias publie, dans son N° 106 du mois de mars, des documents inédits. Ces documents, reproduits en annexe, consistent en une lettre, datée du 22 mai 1994, du président du Gouvernement Intérimaire Rwandais, le Dr Théodore Sindikubwabo au président de la République Française, François Mitterrand.

Cette lettre, authentifiable par la signature, est annoncée par deux notes au Président français du général Christian Quesnot, chef de l’état-major particulier du Président de la République, le 6 mai et le 24 mai. Le général Quesnot joint à sa note du 6 mai une carte du Rwanda indiquant les positions des forces en présence. À ces quatre documents s’ajoutent deux notes adressées au Président de la République, François Mitterrand. :
- une note du 25 février 1993 de Pierre Joxe, ministre de la défense
- une note de Dominique Pin du 2 mars 1993,

Nous ajoutons à ces documents :
- Un TD DFRA New York 2383 du 17 mai 1994 signé « Mérimée », représentant permanent de la France a l’ONU.
- Une lettre du Dr Théodore Sindikubwabo, président du CND, de 1992 permettant d’authentifier la signature de la lettre du 22 mai 1994 adressée à François Mitterrand.

La lecture de ces documents pourrait inciter nos élus à se poser quelques questions et ce quelles que soient leurs appartenances politiques car ces documents révèlent la transgression de principes fondamentaux par nos dirigeants de l'époque.

Le député du Val-de-Marne Jean-Claude Lefort, vice-président de la Mission d’Information parlementaire sur le rôle de la France au Rwanda de 1998 - dont il a refusé de signer les conclusions - déclarait récemment dans une interview1 :
« Tournons la page, tel est le credo du ministère. Et pourquoi donc faudrait-il tourner la page, si la vérité n’est pas pleinement établie ? Il y a eu tout de même un génocide ! La mission d’information a laissé trop de zones sombres pour qu’on puisse parler ainsi. Et l’admettre. »

Le 4 mai 1994, alors qu’à cette date, il ne fait aucun doute que ce sont des centaines de milliers de Tutsi qui ont été massacrés, le général Quesnot est en relation téléphonique avec Théodore Sindikubwabo, président de la République par intérim, qui orchestre le génocide des Tutsi au Rwanda.

Lors de cette conversation téléphonique, Théodore Sindikubwabo « remercie [François Mitterrand] de tout ce que [celui-ci a] fait pour le Rwanda et de l’accueil qui a été réservé [en avril 1994] à la délégation conduite par [son] ministre des Affaires étrangères.

Il faut dire que la connaissance des relations entre les extrémistes Hutu qui ont formé le GIR et certains représentants de l’État français, et ce au plus haut niveau, n’est pas nouvelle, mais ces documents inédits viennent préciser le degré de proximité de certains de nos responsables politiques et militaires avec les auteurs du génocide alors qu'ils sont en train d'exécuter leur crime

Rappelons quelques faits :
- Le 5 avril à la veille du début du génocide, Jean Bernard Mérimée, représentant permanent de la France à l’ONU, est le seul au Conseil de sécurité à soutenir explicitement la participation de la Coalition pour la Défense de la République (CDR) au gouvernement de transition en place a Kigali. La CDR est un parti extrémiste Hutu appelant ouvertement à l’extermination des Tutsi.

- Le 9 avril débute l’Opération Amarilys… Les militaires français, outre les expatriés occidentaux, n’évacueront que la famille du président Habyarimana et des responsables politiques Hutu, proches du Hutu Power. En évacuant les uns, les autorités françaises sur place effectueront de fait un tri et condamneront à une mort certaine les autres, c’est-àdire les responsables politiques Hutu de l’opposition2.

– Le 27 avril 1994, le ministre des affaires étrangères du GIR, Jérôme Bicamumpaka, ainsi que le représentant de la CDR, Jean-Bosco Barayagwiza, sont reçus à l’Élysée par Bruno Delaye, à Matignon par Edouard Balladur et au Quai d’Orsay par Alain Juppé. (Pour mémoire rappelons que la Belgique et les États-Unis leur avaient refusé un visa, que Jean-Bosco Barayagwiza a été condamné à la prison à perpétuité pour génocide par le TPIR et Jérôme Bicamumpaka inculpé par le TPIR).

– Le 9 mai 1994, le général Huchon reçoit le lieutenant-colonel Rwabalinda, conseiller du chef d'état-major de l'armée rwandaise. Ensemble ils évoquent, selon le rapport de mission de ce dernier datant du 16 mai3, « le soutien de la France sur le plan de la politique internationale » et « La présence physique des militaires français au Rwanda ou tout au moins un contingent d’instructeurs pour les actions de coup de main dans le cadre de la coopération » ainsi que des besoins en munitions diverses et autres moyens matériels dont des moyens de communication sécurisés. Le président du GIR a-t-il utilisé ces moyens de communication sécurisée pour rappeler le général Quesnot le 22 mai ?

- Le 17 mai1994, Jean-Bernard Mérimée4 rend compte au Président de la République : « Le ministre des affaires étrangères du Rwanda, M. Bicamumpaka, a prononcé un discours extrêmement virulent et à connotation raciste en évoquant notamment « la domination cruelle et impitoyable de la majorité Hutu par la minorité Tutsi altière et dominatrice » il a également dénoncé l’Ouganda contre lequel il a demandé l’imposition d’un embargo.

Ce discours a choqué les membres du conseil dont certains ont regretté dans leurs interventions le ton et le contenu. Le représentant permanent de la Nouvelle-Zélande ayant même contesté la légitimité de M. Bicamumpaka, qui selon lui représentait une faction et non un État. »

Le représentant tchèque5 est plus sévère et fait, lui, ses critiques en public alors que Jean-Bernard Mérimée ne dit rien au conseil de Sécurité de ce qu’il écrit à sa hiérarchie, bien au contraire. Les représentants de l’Argentine, de l’Espagne, et du Royaume-Uni contestent quelque peu les affirmations de Jérôme Bicamumpaka.

Malgré cela, consciente du racisme, des mensonges du GIR et de sa légitimité contestée, la France ne cessera de soutenir à l’ONU le représentant du GIR, Jean Damascène Bizimana, identifié comme membre du réseau Zéro. Et ce jusqu'à ce qu'elle lui demande de partir le 19 juillet 1994, après la victoire du FPR.

- Le 22 mai, Théodore Sindikubwabo, le président du GIR, reprenant les propos de son ministre des affaires étrangères, qualifiés par le représentant de la Nouvelle-Zélande à L’ONU de « version déformée des faits », exprime à François Mitterrand, dans la lettre ci-après, les « sentiments de gratitude [du peuple rwandais] pour le soutien moral, diplomatique et matériel […] assuré » par la France « depuis 1990 jusqu’à ce jour ».

Qu’a bien pu faire François Mitterrand pour mériter les remerciements de Théodore Sindikubwabo, qui, le 21 avril, appelait en personne la population à se mettre « au travail ». c’est-à-dire à se livrer au massacre des Tutsi après s’être assuré de l’élimination du préfet de Butare, qui s’opposait à ce génocide ?

« Jusqu’à ce jour » signifiant avant ET pendant le génocide ! Soutien diplomatique voulant dire soutien à l’ONU et soutien matériel voulant sans doute dire fourniture d’armes, de munitions et pourquoi pas de conseillers militaires…Comme l’indique le rapport Rwabalinda et comme l’affirment depuis longtemps des témoins rwandais (ex FAR). Quant au soutien moral, il semble que certains en France n’y aient toujours pas renoncé.

Théodore Sindikubwabo, écrit plus loin : « en son nom [le Peuple Rwandais], je fais encore une fois appel à votre généreuse compréhension et celle du peuple Français en vous priant de nous fournir une nouvelle fois votre appui, tant matériel que diplomatique. »

Peut-on croire que la « généreuse compréhension » s’est interrompue après le 22 mai et que les livraisons d’armes ont cessé ? Difficile de le penser puisque le soutien diplomatique à l’ONU, qui, lui, pouvait difficilement être secret, a duré jusqu’au 19 juillet, date du départ du représentant du GIR à la demande du représentant français. Comment ne pas penser que la prétendue opération humanitaire Turquoise est une réponse à la demande d’appui du président du GIR ?

Quant au soutien secret, il est évoqué par le général Quesnot qui écrit le 6 mai : « À défaut de l’emploi d’une stratégie directe dans la région, qui peut apparaître politiquement difficile à mettre en oeuvre, nous disposons des moyens et des relais d’une certaine stratégie indirecte qui pourrait rétablir un certain équilibre. ». N’est-il pas on ne peut plus explicite ? Dans l’impossibilité de soutenir ouvertement le GIR, qui mène un génocide, à cause de « la complicité objective de nos faux intellectuels remarquables relais d’un lobby Tutsi, auquel est également sensible une partie de notre appareil d’État », il y a moyen de le faire secrètement. Le président du GIR remercierait-il ainsi François Mitterrand, si ce soutien en armes et en munitions n’avait pas été fourni, prolongeant ainsi la guerre et le génocide ?

Le général Quesnot analyse la situation comme étant le résultat d’un complot anglo-saxon visant à soutenir la création d’une continuité territoriale Ouganda - Rwanda créant ainsi un « Tutsiland ». Reprenant mot pour mot le discours des génocidaires et la justification de leur « combat », le général se mêle de politique mais il ne fait pas preuve d’une grande clairvoyance : le FPR a gagné la guerre, mis fin au génocide, et aujourd’hui l’Ouganda ne forme pas avec le Rwanda, loin s’en faut, un Tutsiland !

Pourtant certains, au sein du gouvernement, avaient émis des doutes sur le bien-fondé de la politique menée depuis 1990 par la France au Rwanda et la note du ministre de la défense, Pierre Joxe, du 26 février 1993 le montre bien : « Quant à Habyarimana, l’envoi de deux compagnies supplémentaires, après beaucoup d’autres démonstrations de soutien, fait qu’il se sent à présent l’un des dirigeants africains les mieux protégés par la France. Ce n’est pas la meilleure façon de l’amener à faire les concessions nécessaires. Or il est, par son intransigeance politique, et par son incapacité à mobiliser sa propre armée, largement responsable du fiasco actuel. » Acceptant une victoire politique du FPR, seule issue possible à ses yeux pour éviter une victoire militaire du FPR, qu’il sait inéluctable si les militaires français ne participent pas massivement aux combats, Pierre Joxe suggère que le ministre de la coopération, Marcel Debarge, menace Habyarimana du retrait du soutien militaire de la France.

Pierre Joxe n’est pas entendu et Marcel Debarge, dépêché par François Mitterrand au Rwanda, encourage la création d’un front Hutu face au FPR en émettant de « nettes et sévères mises en garde (urgence d’arriver à un compromis politique et de présenter un front uni face au FPR dans les prochains jours, illusion sur le succès possible d’une troisième force car le FPR imposera, s’il l’emporte, une politique totalitaire…) ». Proposant ainsi un front ethnique il annihilera l’idée d’une troisième force issue de l’opposition démocratique. Pierre Joxe est-il pour autant un de ces « faux intellectuels, remarquable relais d’un lobby Tutsi » ?

La voie hiérarchique faisant que le Chef d’État Major particulier, à l’époque le général Quesnot, ne peut s’adresser au Président de la République que sous couvert du Secrétaire Général de l’Elysée, Hubert Védrine en l’occurrence, celui-ci est donc directement impliqué.

Avons-nous entendu Hubert Védrine dénoncer cette politique? Il essaierait plutôt, encore aujourd’hui, de la couvrir. En effet, n’écrit-il pas dans la « Lettre de l’institut François Mitterrand » N° 8, juin 2004, page 24 : « [… ]les dernières livraisons d'armes à l'armée rwandaise contre l'offensive Ougando-FPR ont continué quelques jours après le début des massacres, mais, bien sûr, ceux-ci n'ont pas eu lieu avec des armes françaises6 », confirmant ainsi le témoignage du colonel Luc Marchal de la MINUAR décrivant l’arrivée de trois avions, dont un chargé d’armes, à l’aéroport de Kigali, à destination des FAR, au tout début du génocide et contredisant ainsi de récentes dénégations d’Édouard Balladur7.

On comprend mieux qu’Hubert Védrine soutienne tant qu’il le peut le révisionnisme revendiqué de Pierre Péan qui a effectué un tri visiblement très sélectif des archives de François Mitterrand.

Ces documents montrent qu'un certain nombre de hauts responsables Français, dont le premier d’entre eux, le Président de la République, après avoir soutenu le gouvernement ségrégationniste et dictatorial du général Habyarimana, ont soutenu le gouvernement intérimaire rwandais (GIR) en sachant non seulement que ces gouvernements organisaient, puis perpétraient, un génocide, mais encore que le soutien de la France les aidait à préparer et à exécuter ce génocide.

Le génocide étant un crime imprescriptible et les « zones sombres », évoquées par le député Jean-Claude Lefort, devenant de plus en plus claires, ces responsables, politiques et militaires, devraient un jour avoir des comptes à rendre - notamment à la justice. Cela ne dépend que de la volonté politique des citoyens et de leurs représentants.

Georges Kapler
Commission d’Enquête Citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide des Tutsi au Rwanda

« La France n’est nullement impliquée dans le génocide au Rwanda… »



A vec le lien vers la Pétition ICI
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MessageSujet: Re: Synthèse des auditions   Sam 28 Oct - 21:25

Synthèse des auditions du 25/10/2006

Kigali, 26 oct. (ARI) : Au deuxième jour de ses auditions publiques, la « Commission Nationale Indépendante chargée de rassembler les preuves de l'implication de l'Etat français dans le génocide de 1994 au Rwanda » a entendu les dépositions de quatre témoins :

- Kayimahe Vénuste,
- Elysée Bisengimana,
- Nyandwi Désiré,
- Martin Ndamage.

Kayimahe Vénuste :

Employé du Centre culturel français de Kigali pendant vingt ans jusqu'au déclenchement du génocide et auteur d'un livre et de plusieurs autres documents sur le rôle de la France dans ce génocide, Vénuste Kayimahe a fait une déposition riche de détails accablants sur les agissements des officiels français en poste à Kigali à l'époque.

Il accuse la France de complicité de haut niveau dans le génocide. Remontant de 1989 jusqu'à 1994, il cite énormément d'exemples précis qui montrent la responsabilité de la France dans la préparation lointaine et la planification immédiate du génocide.

En 1989 déjà, lors d'une réception officielle en l'honneur des coopérants français à la résidence de France à Kigali, l'ambassadeur Georges Martres pouvait déclarer : « ce pays sera bientôt attaqué par des gens très méchants qui veulent détruire ses infrastructures et tout ce qui fait la fierté de votre coopération ».

Et se tournant vers des coopérants militaires français fraîchement arrivés qui étaient présents à la réception, il ajoutait : « ces militaires français viennent précisément pour empêcher cette catastrophe. »

Des réunions tournantes organisées soit chez l'ambassadeur ou chez d'autres officiels français de l'ambassade ou du centre culturel français réunissaient souvent extrémistes du régime Habyarimana et représentants de la France au Rwanda. « Front commun des Hutu contre le FPR », « défense civile » ; … toutes ces stratégies étaient conçues et débattues au cours de ces séances que le témoin considère comme ayant servi de cadre à « l'élaboration de la stratégie du génocide. »

Elysée Bisengimana :

Député à l 'Assemblée nationale, Elysée Bisengimana était étudiant à Nyakinama (Ruhengeri) de 1987 à 1992, mais il se trouvait chez lui à Kamembe (Cyangugu) au moment du génocide. Son témoignage porte sur les deux périodes.

Etudiant à Nyakinama, il a vu des soldats français former des recrues rwandaises ainsi que des miliciens. Cela se passait sur le terrain de sport du campus même, parce que c'est là qu'étaient hébergés les Français.

Il a également vu des soldats français sur des véhicules portant des armes lourdes en direction de Cyanika, vers la ligne de front.

Bisengimana a été aussi témoin de l'entrée des soldats français à Cyangugu. Il a constaté une collaboration très rapide entre miliciens Interahamwe et soldats français, collaboration qui a progressivement marginalisé les militaires et les gendarmes rwandais.

Soldats français et Interahamwe ont ensemble effectué des patrouilles, contrôlé les identités sur les barrières, appelé la population à fuir le pays devant l'avancée du FPR, détruit et pillé la ville de Cyangugu.

Bisengimana décrit globalement le rôle de la France comme un soutien aux auteurs du génocide et une tentative de contrer ceux qui voulaient arrêter le génocide. Complicité de génocide somme toute.

Nyandwi Désiré :

Député à l'Assemblée nationale, et chef d'un projet de l'Etat à Gikongoro durant le génocide, Nyandwi a fait une courte déposition, et ses réponses aux questions des commissaires étaient tout aussi chiches et réservées.

Il accuse les soldats français d'avoir commis des pillages à Gikongoro. Habitant Rwamagana mais travaillant à Kigali tous les jours en 1992, il a également croisé plus de cinq fois des soldats français transportant des armes lourdes vers le front au Mutara.

Martin Ndamage :

Colonel dans l'armée rwandaise actuelle et ex-FAR, Martin Ndamage accuse l'Etat français d'avoir accordé un soutien inconditionnel au régime de Habyarimana et son armée lors des combats contre le FPR. Il a été personnellement témoin de l'implication directe des soldats français dans la formation militaire et paramilitaire ou dans les combats à Nyakinama, Kinigi, Cyeru et Gabiro.

Il accuse également la France d'avoir soutenu le gouvernement qui a commis le génocide. Co-auteur de la fameuse déclaration de Kigeme qui condamnait le génocide et se désolidarisait du gouvernement Sindikubwabo-Kambanda , Ndamage et quelques uns de ses collègues ont été brimés et humiliés par les soldats français à Kavumu (près de Bukavu) parce qu'ils avaient manifesté l'intention de rentrer au Rwanda après la prise du pouvoir par le FPR.
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MessageSujet: Re: Synthèse des auditions   Mar 31 Oct - 19:14

La France a demandé aux Hutu de quitter le Rwanda à la fin de l’opération Turquoise

Kigali, 30 oct. (ARI) – «Les soldats français de l’opération Turquoise ont demandé à la population hutu de quitter le Rwanda pour ne pas être exterminée par les militaires du FPR qui venaient de mettre en déroute les forces génocidaires», selon un témoin interrogé par l’Agence Rwandaise d’Information (ARI).

Jean Damascène Nyandwi est originaire de l’ex-province de Gikongoro qui faisait partie de la Zone Humanitaire Sûre (ZHS) mise en place par la France à travers l’opération Turquoise. Il vivait à Kanombe dans la périphérie de Kigali avant de retourner à Gikongoro en 1993. Des centaines de milliers de personnes à majorité hutu s’y étaient réfugiées pendant le génocide à la demande du gouvernement génocidaire qui fuyait l’avancée du FPR.

Jean Damascène Nyandwi a révélé à ARI qu’un grand meeting populaire avait alors été organisé à Isumba, commune de Nyamagabe, ville de Gikongoro. «Si vous ne fuyez pas vers le Zaïre, les Inkontanyi (nom des soldats du FPR, ndlr) vont vous égorger», avaient dit les soldats français de l’opération Turquoise au cours de ce rassemblement. Les soldats français qui ne connaissaient pas le Kinyarwanda s’adressaient à la population rassemblée une main à la gorge en signe d’une machette qui égorge.

Jean Damascène Nyandwi a indiqué également à ARI que les soldats français de l’opération Turquoise pourchassaient les Tutsi au motif que ce sont les soldats du FPR qui ont infiltré la ZHS. « Les personnes capturées ont été conduites vers une destination inconnue jusqu’aujourd’hui. J’ai comme l’impression que les Français avaient même des appareils qui leur permettaient de savoir là où les gens s’étaient caché», a déclaré Jean Damascène Nyandwi.

Jean Damascène Nyandwi a également déclaré à ARI que, dans la province de Gikongoro, les soldats français ont appris aux miliciens Interahamwe, fer de lance du génocide, comment creuser des tranchées dans lesquelles ils devaient se cacher à l’arrivée des militaires du FPR. Et ce, durant les trois mois du génocide des Tutsi en 1994

Jean Damascène Nyandwi accuse les Français d’avoir entraîné dans les années 1992 les Interahamwe. Jean Damascène Nyandwi qui faisait le travail de constructeur à cette époque-là sait de quoi il parle car il détenait la carte de la CDR (Coalition pour la Défense de la République, parti extrémiste hutu, coresponsable du génocide).

«A cette époque-là, il était impossible de trouver un job si tu n’as pas de carte attestant que tu es membre de la CDR et du MRND », nous a-t-il déclaré. Jean Damascène Nyandwi qui vivait en 1992 à côté de Kanombe, ville de Kigali, accuse la France d’avoir entraîné aussi bien les ex-Forces Armées Rwandaises que les miliciens interahamwe.

Les interahamwe Mutombo, Katabirora Jean, Shagaye qu’il connaissait bien lui avaient dit qu’ils étaient formés par les Français pour qu’ils soient en mesure le moment venu de barrer la route au FPR. «D’ici peu, la sang va couler à flot», aimaient-ils dire à leur retour de la formation supervisée par les Français à Kanamba et à Gishwati selon le témoignage de Jean Damascène Nyandwi.

Quelques mois avant le génocide, les interahamwe Mutombo, Katabirora Jean, Shagaye ont tué un certain Straton Byabagamba l’accusant d’aider les Tutsi à obtenir des documents leur permettant de rejoindre le maquis du FPR.

A la question de savoir comment il distinguait les ex Forces Armées Rwandaises des Interahamwe, Jean Damascène Nyandwi dit que la distinction était facile à opérer. Outre que lui-même faisait partie de la CDR, il y a le fait que les militaires regagnaient leurs casernes et les Interahamwe leurs villages après la formation. C’était donc deux groupes distincts.

Les reporters de l’Agence Rwandaise d’Information ont rencontré Jean Damascène Nyandwi dans les locaux de la Commission rwandaise sur le rôle de la France dans le génocide de 1994. Il était venu de sa propre initiative pour apporter sa contribution dans la recherche de la vérité sur le rôle de la France dans le génocide. (Fin)

ARI-RNA/Gén/D.M/ 30. 10. 06/13:06 GMT
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MessageSujet: Re: Synthèse des auditions   Mar 31 Oct - 19:15

Le soutien de la France aux auteurs du génocide s’est poursuivi au Zaïre

Kigali, 30 oct. (ARI) – La France a continué à soutenir les forces génocidaires exilées au Zaïre selon le témoignage du Colonel Martin Ndamage devant la Commission rwandaise d’enquête sur le rôle de la France dans le génocide de 1994, a établi l’Agence Rwandaise d’Information (ARI).

Membre des ex-Forces Armées Rwandaises, Martin Ndamage est co-signataire de la Déclaration de Kigeme qui condamnait le génocide et se désolidarisait du gouvernement qui était entrain de le commettre. Le gouvernement de l’époque décida de démettre de l’armée tous les signataires de la Déclaration de Kigeme et de les mettre hors d’état de nuire.

Redoutant des affrontements entre dissidents et forces loyalistes à Kigeme (ex-province de Gikongoro) qui faisait partie de la zone sous contrôle des soldats français de l’opération Turquoise, la France décida d’évacuer Martin Ndamage et quelques uns de ses collègues vers Kavumu (30 Km au nord de Bukavu au Zaïre) où elle avait établi une base militaire.

Après la défaite des forces génocidaires et leur exil au Zaïre, Martin Ndamage et ses collègues demandèrent de rencontrer le général Roméo Dallaire puisqu’ils voulaient retourner au Rwanda. Les soldats français s’y opposèrent mais Martin Ndamage et ses collègues finirent par rencontrer à Kavumu le général Roméo Dallaire qui commandait les forces de l’ONU au Rwanda.

Martin Ndamage et son groupe furent humiliés par les soldats français à Kavumu après qu’ils aient pris la décision de rentrer au Rwanda de commun accord avec le général Dallaire. «Nous ne pouvons pas continuer à rester avec vous ici alors que vous vous opposez à votre gouvernement », avaient dit sèchement les soldats français de l’opération Turquoise.

A la tombée de la nuit, Ndamage et son groupe furent brimés, désarmés et expulsés de la tente où ils logeaient au motif qu’ils s’opposent à leur gouvernement. Le gouvernement dont parlaient les soldats français c’est celui qui venait de commettre le génocide et qui se trouvait en exil à l’est du Zaïre.

L’analyse de ce témoignage fait ressortir l’idée que la France voulut maintenir les forces génocidaires dans les hauteurs du Kivu (est de la RDC) et les préparer à reconquérir par la force le pouvoir au Rwanda. (Fin)

ARI-RNA/Gén/D.M/ 30. 10. 06/10:40 GMT
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MessageSujet: Re: Synthèse des auditions   Jeu 2 Nov - 22:14

La Commission d'enquête sur le rôle de la France satisfaite de la 1 ère phase des auditions.



Kigali, 31 oct. (ARI) - La Commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l'implication de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda se dit satisfaite du bon déroulement de la première série des auditions qui s'achève ce mardi, a établi l'Agence Rwandaise d'Information (ARI).



«Nous sommes satisfaits des résultats atteints au cours de cette première phase des auditions. Nous avons recueilli beaucoup d'éléments d'information dont nous ne disposions pas. Cette phase a eu un énorme écho. Les gens nous ont appelés de l'extérieur et de l'intérieur du pays en vue de témoigner de leur propre initiative», a déclaré à ARI le président de la Commission, Jean de Dieu Mucyo.



«Les témoins de contexte que nous avons entendus étaient des cadres à différents niveaux. Leurs témoignages nous ont permis de savoir davantage sur la planification du génocide sur le plan militaire, politique et diplomatique. Certains de leurs témoignages corroborent les informations que nous avions recueillies sur le terrain », a ajouté Jean de Dieu Mucyo.



Jean de Dieu Mucyo a indiqué à ARI que la Commission qu'il dirige a entendu au total 20 personnes dans le cadre de l'audition des témoins de contexte qui s'est déroulée du 24 au 31 de ce mois. Au cours de la séance de ce mardi quatre témoins ont été entendus.



Il s'agit du Député Aaron Makuba du PSD (Parti Social Démocrate, deuxième formation politique au parlement) ; d'un autre Député qui fut responsable administratif dans l'ex-préfecture de Byumba ; de l'Avocat Mugemana Jean Marie Vianney qui fut tour à tour Ministre de la Justice et Ministre de l'Intérieur avant le génocide.



Le dernier témoin auditionné aujourd'hui était Marc Rugenera qui fut Ministre des Finances avant et après le génocide. Il dirige actuellement la SORAS (Société Rwandaise d'Assurance, une compagnie privée). (Fin).



ARI-RNA/ Gen./ D.M/ 31. 10. 06/ 17 : 42 GMT
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MessageSujet: Re: Synthèse des auditions   Jeu 2 Nov - 22:16

Le Rapport de la Commission Mucyo pourrait être fort accablant pour la France



Kigali, 1er Nov. (ARI) – A l'heure du bilan de la première phase des auditions débutées le 24 et clôturées le mardi 31 octobre, « des preuves détaillées, précises et irréfutables » de l'implication de la France dans le génocide des Tutsi s'accumulent selon des sources proches de la Commission Nationale Indépendante Chargée de Rassembler les Preuves de l'Implication de l'Etat Français dans le Génocide Perpétré au Rwanda en 1994.



Un bilan des auditions largement positif :



« Nous avons largement atteint nos objectifs », a déclaré, visiblement satisfait, le Président de la Commission Jean de Dieu Mucyo aux journalistes de l'Agence Rwandaise d'Information (ARI) lors d'un entretien exclusif dans son bureau de Kacyiru, à la clôture de la première phase des auditions.



« Nous avons reçu beaucoup d'informations nouvelles, les témoins auditionnés nous ont indiqués d'autres témoins, et la publicité médiatique autour de cette première phase d'audition a déclenché une dynamique intéressante ; des gens nous appellent de l'étranger comme de l'intérieur du pays, d'autres viennent jusqu'à nos bureaux de leur propre initiative pour nous fournir des informations utiles », a ajouté le président de la Commission.



Interrogé sur l'inquiétude selon laquelle les auditions à huis clos ont pu briser cette dynamique ainsi que le flot des informations déclenché par les deux premiers jours des auditions publiques, le Président de la Commission a répondu : «le huis clos a certes ralenti un tout petit peu la dynamique. Mais ceux qui avaient reçu l'information continuent encore aujourd'hui à nous appeler. D'autre part, le huis clos a permis à certains témoins de s'exprimer plus longuement et de manière plus détendue. A l'avenir, nous essayerons, dans la mesure du possible, d'alterner auditions publiques et auditions à huis clos pour recueillir le maximum d'avantages de ces deux approches. »



Au total, vingt (20) témoins ont été auditionnés au cours de cette première phase, sept en public et treize à huis clos. Ils sont, pour la quasi totalité, d'anciens responsables à différents niveaux (administratif, politique, militaire). « Leurs dépositions nous ont permis de confirmer avec plus de détails et de précisions un certain nombre d'informations initialement recueillies auprès de citoyens ordinaires lors de nos descentes sur terrain » , a précisé Jean De Dieu Mucyo.



Les bons résultats de cette première phase d'audition ont permis à la Commission de prendre deux décisions importantes. La première consiste à prolonger les auditions des témoins de contexte. De nouveaux témoins importants ont été révélés à la Commission lors de cette première phase, d'autres se sont manifestés de leur propre initiative. Parmi ces nouveaux témoins de contexte à auditionner vers fin novembre, des étrangers et des Rwandais de la diaspora.



La deuxième décision importante est d'effectuer de nouvelles descentes sur terrain pour vérifier un certain nombre d'informations nouvelles recueillies auprès de certains témoins clés lors de cette première phase d'audition.



Un rapport qui s'annonce accablant pour la France :



L'origine lointaine de cette Commission remonte à avril 2004, dans une résolution de la conférence internationale organisée à Kigali à l'occasion de la dixième commémoration du génocide. Une année plus tard, ladite commission a été créée par loi organique n° 05/2005 du 14/04/2005 avec pour « mission générale de dégager le rôle qu'a joué l'Etat Français dans la préparation et l'exécution du génocide rwandais de 1994. »



Depuis lors, la question de fond que se pose tout observateur porte sur la capacité de la Commission à rassembler des éléments de preuve véritablement nouveaux et pertinents par rapport aux nombreuses publications, témoignages et rapports d'enquête sur le rôle de la France dans le génocide.



Sur cette question, les membres de la Commission se montrent d'emblée réservés par déformation professionnelle. Ils ne veulent pas anticiper sur les résultats d'une enquête toujours en cours. Mais certaines indications permettent d'entrevoir que le rapport de cette Commission aura sa spécificité et pourrait comporter des preuves accablantes sur le rôle de la France dans le génocide.



Tout d'abord, l'abondance des informations et publications antérieures sur le sujet constitue un atout pour la Commission qui s'en inspire pour opérer des recoupements, vérifier et confirmer dans le détail une série d'accusations qui auparavant paraissaient trop générales.



La Commission a également l'avantage de mener le gros de ses investigations sur le terrain où ont été commis les crimes présumés de l 'Etat Français. Plus de 70 témoins des faits, c'est à dire des témoins et victimes directes des faits reprochés aux soldats et officiels Français ont déjà rencontré la Commission, et leur liste continue de s'allonger.



Des sources proches de la Commission attestent enfin qu'un certain nombre de témoins ont accepté de livrer à la Commission des « preuves détaillées, précises et irréfutables » de l'implication de l'Etat Français dans le génocide, lorsque d'autres anciens responsables politiques et militaires « choisissent la langue de bois et pratiquent la rétention volontaire de l'information de peur de dévoiler leur propre rôle dans le génocide » selon le commentaire d'un observateur assidu de la première phase des auditions.



Un rapport solide pour assainir les relations entre le Rwanda et la France



La loi organique mettant en place la Commission détaille son mandat en son article 5 qui exige entre autres à la Commission de « transmettre au Président de la République le rapport des travaux qui propose également les actions à mener, avec copie à la Chambre du Sénat, à la Chambre des Députés, au Gouvernement et à la Cour Suprême. »



Une fois de plus, les membres de la Commission ne veulent pas anticiper sur les recommandations qui accompagneront leur rapport au moment opportun. Mais à voir la rigueur qu'ils mettent à scruter et à tester la crédibilité de la moindre information qui leur est communiquée, la transparence de leurs auditions qu'ils souhaiteraient pour la plupart publiques, on sent un souci profond d'établir la seule vérité, sans passion ni complaisance ; par delà l'amertume de l'opinion publique rwandaise ou les considérations diplomatiques.



Car, seule cette vérité pourra sauver les relations franco-rwandaises de lourds et profonds malentendus alimentés par une histoire récente très douloureuse et non encore éclaircie et assumée. Poursuivre la coopération sur ces malentendus ne contribue pas à rétablir une relation juste, vraie et durable. Telle semble être également la conviction profonde des membres de cette Commission Indépendante dont le profil semble être des plus rassurants en ce qui concerne la crédibilité, l'objectivité et le professionnalisme de leur rapport à venir (*).



------------------------------------



(*) « La Commission est composée de sept (7) personnes, comprenant le Président, le vice-président et le Secrétaire, tous nommés sur base de leur compétence et de leur discernement, sans tenir compte de leur nationalité. La Commission est dotée des experts et d'autres personnels qui appuient ses membres dans l'exécution de leurs tâches. » (art. 4 de la loi organique n° 05/2005 du 14/04/2005). Les sept membres de la Commission sont :

1. Jean De Dieu MUCYO : Président, ancien Ministre de la Justice et ancien Procureur Général de la République ;

2. Jérome NGENDAHIMANA : vice-Président, ancien officier des ex-FAR, ancien membre de la direction des FDLR et actuellement Général de brigade dans l'armée rwandaise ;

3. Géraldine BAKASHYAKA : Secrétaire, juriste de formation et ancienne de la Cour Suprême ;

4. José KAGABO : Historien, Professeur à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) / Paris ;

5. Jean Paul KIMONYO : Docteur en sciences politiques de l'université de Montréal/Canada, ancien attaché de presse à la vice-Présidence de la République, ancien directeur du Centre de gestion des conflits / UNR, coordinateur et rédacteur principal du rapport 2005 du PNUD sur le développement humain/BURUNDI ;

6. Jean Damascène BIZIMANA : Docteur en droit de l'Université de Toulouse / France ;

7. Alice RUGIRA : juriste, précédemment haut cadre dans une grande compagnie d'assurance, la SONARWA.





nnnn



ARI-RNA/Gén./P.R/ 02. 11. 06/09:08 GMT
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MessageSujet: Re: Synthèse des auditions   Sam 4 Nov - 7:49

Rwanda : Un étendard sanglant à laver (17e partie -[Analyse]

Par Serge Farnel © Metula News Agency

Auditions de la Commission rwandaise [1] : « Les jeux sont faits. Rien ne va plus ! »

Du 24 au 31 octobre dernier, les sept membres de la Commission Nationale Indépendante rwandaise, chargée de « dégager le rôle qu'a joué l'Etat Français dans la préparation et l'exécution du génocide rwandais de 1994 », ont procédé, à Kigali, à la première partie de leurs auditions.

Présidée par l’ancien ministre de la Justice, M. Jean de Dieu Mucyo, la commission, dont le mandat s’achèvera en avril prochain, a déjà entendu vingt témoins dits « de contexte » qui, pour avoir occupé de hautes responsabilités à l’époque des faits, sont à même de fournir des informations clés relatives auxdits événements. Treize d’entre eux ont préféré témoigner à huis clos. En dépit de la date limite du 31 octobre qu’elle s’était initialement fixée, la commission a fait savoir qu’elle allait entendre de nouveaux témoins de « contexte » qui se sont faits connaître au cours de cette première phase d’enquête. Parmi ceux-ci figurent des non Rwandais ainsi que des Rwandais de la diaspora.



Voici une synthèse des auditions des « témoins de contexte » entendus par la commission.



La France participait à « l’élaboration de la stratégie du génocide »



C’est ce qu’a déclaré le témoin Kayimahe Vénuste aux membres de la commission, en évoquant les nombreuses réunions qui eurent lieu entre des officiels français et de hauts politiques et militaires rwandais. Des réunions que Kayimahe organisait dans le cadre de son emploi au Centre culturel français de Kigali. Ainsi a-t-il évoqué une réception officielle qui fut tenue, en 1989, à la Résidence de France à Kigali, en l'honneur d’officiers coopérants militaires français, alors fraîchement débarqués au Rwanda. Selon le témoin, l'ambassadeur français, Georges Martres, les aurait présentés aux invités comme étant attachés au département d’assistance militaire (le coeur de la coopération militaire franco-rwandaise) avant de leur préciser qu’ils allaient, en toute illégalité, soutenir l’armée rwandaise aux fins de faire échec à une attaque de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR, armée rebelle à majorité tutsie). Le témoin a, par ailleurs, précisé qu’eurent lieu de nombreuses réunions rassemblant, autour d’une même table, des extrémistes du régime rwandais et des officiels français. Des réunions au cours desquelles les stratégies relatives aussi bien à un « front commun des Hutus contre le FPR (Front Patriotique Rwandais, mouvement rebelle à majorité tutsie, ndlr) » qu’à une « défense civile » auraient été conçues et débattues.



La France formait les génocidaires



C’est ce que sont venus confirmer de nombreux témoignages, tel celui du député Jean Marie Vianney Gatabazi, qui était, entre 1990 et 1994, agent de l'administration territoriale à Byumba, près de la zone des combats. Lors de sa déposition, il a déclaré que la France avait formé les instructeurs des membres de l’armée ethnique des Forces Armées Rwandaises (FAR) ainsi que des milices génocidaires Interahamwe. Gatabazi a fondé cette dernière affirmation sur les confidences qui lui avait été faites, en mars 1994, par l’un de ses amis, le lieutenant Innocent Mburuburengero. Alors membre des FAR, ce dernier avait été formé à Kotakoli (République Démocratique du Congo (RDC), ex-Zaïre) par des militaires français, avant d’être envoyé à Kibungo, pour participer, sous la supervision directe d’instructeurs français, à la formation de près de 600 miliciens génocidaires !



Une accusation corroborée par le témoignage de l’actuel député à l 'assemblée nationale rwandaise, Elysée Bisengimana, qui, de 1987 à 1992, était étudiant à Nyakinama. Il a indiqué se souvenir que, sur le terrain de sport du campus au sein duquel étaient hébergés des soldats français, ces derniers formaient miliciens et soldats des FAR.



Le témoin Jean Damascène Nyandwi a également confirmé cette accusation, appuyant sa déposition sur les confidences de quatre Interahamwe qui l’avaient assuré avoir été formés par les Français à Kanamba et à Gishwati afin d’être en mesure, le moment venu, de barrer la route au FPR. « D'ici peu, la sang va couler à flot », se plaisaient-ils à dire à leur retour de formation, alors qu’ils regagnaient leur village et tandis que les militaires, eux, regagnaient leurs casernes.



Quant au témoin Martin Ndamage, actuellement colonel dans l'armée rwandaise, et anciennement membre des FAR, il a déclaré à la commission avoir été personnellement témoin de l'implication directe des soldats français, aussi bien dans l’instruction militaire et paramilitaire que, directement, dans les combats de Nyakinama, Kinigi, Cyeru et Gabiro.



La France savait que se préparait un génocide



C’est ce qu’est notamment venu expliquer le témoin Jacques Bihozagara, dont nous avions communiqué aux lecteurs de la Ména un extrait du discours qu’il prononça, il y a deux ans et demi à l’Unesco [lire : "Rwanda (Cool Les victimes face aux tentatives de justification de leur génocide"], alors qu’il occupait les fonctions d’ambassadeur du Rwanda à Paris. Avant cela, entre 1990 et 1994, il était représentant en Europe du FPR. C’est à ce titre qu’il accompagna, en 1992, une délégation à l’invitation transmise par Paul Dijoud, alors directeur Afrique au Quai d'Orsay. Dijoud, qui avait alors un certain Dominique de Villepin pour adjoint, avait proposé sa médiation aux fins de sortir le Rwanda du conflit qui opposait le FPR (tutsi) aux autorités rwandaises (hutues à l’époque).



Selon Bihozagara, la France avait fait la sourde oreille à ses explications relatives à la nature du régime du président Habyarimana ; des explications destinées à faire comprendre à ses interlocuteurs les raisons profondes de la guerre que menait le FPR. Il a rapporté que Paul Dijoud aurait directement menacé les membres de la délégation tutsie en ces termes exempts de toute équivoque : « Si vous ne déposez pas les armes, vous trouverez tous les vôtres déjà exterminés à votre arrivée à Kigali ! ». Jacques Bihozagara, s’adressant aux membres de la Commission Nationale Indépendante, leur demanda s’il convenait de considérer les propos du diplomate français « comme une prophétie ou bien comme une apologie du génocide ». Le témoin a envisagé à la barre la probabilité selon laquelle « Paul Dijoud était au courant de ce qui se tramait, étant donnés les liens étroits qui unissaient son gouvernement à celui du Président Habyarimana ».



Mais Jacques Bihozagara ne s’est pas contenté de cette anecdote pour affirmer que la France savait pertinemment que le génocide était planifié. Il s’est également appuyé sur le Rapport d'Enquête Internationale réalisé en 1993 par plusieurs ONG. Un rapport qui faisait état des signes avant-coureurs du génocide, et qui fut remis, par un groupe de femmes rwandaises, en main propre, à l'épouse de François Mitterrand, alors que celle-ci présidait à Bruxelles une réunion de son association France Liberté.



Il s’est aussi appuyé sur le contenu des télégrammes de Roméo Dallaire, alors Chef militaire de la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (Minuar). Des télécopies qui alertaient – sans laisser planer le moindre doute - de l’imminence du génocide, et qui furent adressés aussi bien à l’Union Européenne qu’au Conseil de Sécurité, dont il convient de rappeler que la France est membre permanent.



La France manipulait l’opinion tandis qu’elle camouflait la préparation du génocide



Au cours de sa déposition, Bihozagara a affirmé que les autorités françaises avaient opté pour une stratégie de communication inversant la situation qui prévalait alors au Rwanda. Alain Juppé, alors ministre des Affaires Etrangères, évoquait l’imminence d’une « guerre de l'Ouganda contre le Rwanda pour créer l'empire Hima-Tutsi ». François Mitterrand, quant à lui, digressait volontiers sur le thème d’une « guerre entre serfs et seigneurs », tandis que son chef d’état major personnel, le général Quesnot, mettait sur pied le concept de « Khmers noirs », à la seule fin de dénigrer le FPR. « En nous ayant mis dans la même catégorie que les Khmers rouges du Cambodge », a déclaré Jacques Bihozagara, « on entendait créer l’impression, dans l’opinion publique, que le FPR était un groupe rebelle inhumain ». Et le témoin d’insister ensuite sur la guerre médiatique sans merci diligentée en France contre le FPR tutsi, notamment par l’intermédiaire des reportages réalisés pour RFI par feu Jean Hélène. Le témoin précisa que les journalistes de RFI qui commençaient à expliquer correctement la nature du conflit rwandais étaient systématiquement écartés des ondes par leur direction.



Bihozagara n’a pas hésité un seul instant à affirmer que la France, qui savait que se préparait un génocide, avait choisi de « camoufler la réalité ».



Une accusation que corrobore le témoignage du sénateur Iyamulemye Augustin. Celui-ci dirigea le service des renseignements intérieurs du bureau du premier ministre rwandais entre 1992 et 1994. Il a indiqué à la Commission que les soldats français contrôlaient le Centre Criminel de Recherche et de Documentation, connu également sous le nom de fichier central. Selon le témoin, les Français ont usé de ce pouvoir pour occulter systématiquement les preuves relatives à l’augmentation de la criminalité et de la violence au Rwanda à l'approche du génocide.



La France tuait les Tutsis tout en feignant de les protéger



L’opération pseudo humanitaire Turquoise n’a pas non plus été épargnée par les « témoins de contexte ».



Pour Jacques Bihozagara, la France aurait usé de son influence pour créer cette opération sous prétexte de secourir les populations tutsies menacées de génocide, alors que ce n’en était absolument pas la raison. L’ancien ambassadeur illustra son accusation par le fait que « le site de Murambi, qui héberge aujourd'hui les restes des dizaines de milliers de victimes du génocide, était en plein coeur de la zone Turquoise ».



Que penser également de la déposition d’Elysée Bisengimana qui, pendant le génocide, se trouvait chez lui, dans l'ex-Province de Cyangugu ? Il se souvient avoir été témoin oculaire de l'entrée des soldats français dans le cadre de Turquoise. « A leur arrivée à Cyangugu », a déclaré Bisengimana à la commission, « les militaires français ont été accueillis triomphalement par les Interahamwe, les miliciens hutus qui étaient en train de commettre le génocide, lesquels brandissaient des calicots sur lesquels on pouvait lire « Vive la France » ou « Vive le MRND » [2] et qui agitaient des drapeaux de la République française ». Le témoin a, par ailleurs, fait part de la rapidité avec laquelle s’était alors installée la collaboration entre les soldats français et les miliciens génocidaires : patrouilles communes, opérations conjointes aux frontières, ainsi qu’à des barrages où, sur la base de la mention ethnique qui figurait sur les cartes d’identité rwandaises, les soldats français ne laissaient passer que les Hutus. Un scénario que le témoin Gatabazi a également confirmé avoir constaté sur des barrières à Nyabugogo, près de Kigali, ainsi qu’à Kirenge, près de Shyorongi.



Quant au témoin Jean Damascène Nyandwi, il a traversé le génocide dans l'ex-province de Gikongoro, qui faisait partie de la Zone Humanitaire Sûre (ZHS) mise en place par la France dans le cadre de Turquoise. Il a indiqué que les soldats français y pourchassaient les Tutsis, prétextant qu’il s’agissait de soldats du FPR qui auraient infiltré la ZHS. M. Nyandwi a affirmé dans son témoignage que « les personnes capturées étaient conduites vers une destination inconnue. J'ai comme l'impression », a-t-il conclu, « que les Français avaient des appareils qui leur permettaient de savoir où les gens s'étaient cachés ».



La France préparait la reconquête du Rwanda



De multiples témoignages sont enfin venus appuyer la thèse d’une stratégie de reconquête du Rwanda à partir de la République Démocratique du Congo.



Il s’agissait d’abord, pour la France, d’exfiltrer les génocidaires du Rwanda vers la RDC. Le témoin Nyandwi a rapporté qu’à Gikongoro, où, à la demande du gouvernement génocidaire qui fuyait l'avancée du FPR (tutsi), des centaines de milliers de personnes, à majorité hutue s'étaient réfugiées, avait été organisé un grand rassemblement populaire au cours duquel les soldats français lancèrent aux populations hutues : « Si vous ne fuyez pas vers le Zaïre, les Inkontanyi (nom des soldats du FPR, ndlr) vont vous égorger », tout en mimant le geste de l’égorgement, afin de pallier à leur méconnaissance du Kinyarwanda.



Selon le témoin Martin Ndamage, cette fois-ci, la France continua à soutenir les forces génocidaires, même une fois qu’elles se furent exilées au Congo. Ndamage fut l’un des signataires de la Déclaration de Kigeme qui condamnait le génocide et se désolidarisait du gouvernement génocidaire. Par crainte d’affrontements à Kigeme, entre dissidents et forces loyalistes, ils furent aussitôt démis de l’armée et évacués vers Kavumu, au Congo, où la France avait établi une base militaire.



Une fois le FPR au pouvoir à Kigali, entraînant l’exil des forces génocidaires en République Démocratique du Congo, Martin Ndamage et ses collègues parvinrent à rencontrer le général Roméo Dallaire, ce, en dépit de l’opposition des soldats français. D’un commun accord, ils manifestèrent alors leur intention de rentrer au Rwanda. A la tombée de la nuit, le témoin a narré comment ils furent brimés et désarmés par les soldats français, au motif qu’ils s’opposaient au gouvernement hutu en exil en RDC. Ce gouvernement qui venait pourtant de commettre un génocide ! Les soldats de Turquoise leur assénèrent : « Nous ne pouvons pas continuer de rester avec vous ici alors que vous vous opposez à votre gouvernement ! ».



Autant de témoignages qui appuient l’accusation selon laquelle la France aurait tenté d’entretenir les forces génocidaires sur les hauteurs du Kivu, dans l’est du Congo, afin de les préparer à reconquérir le Rwanda par la force. En toute connaissance de ce que près d’un million de civils venaient d’être exterminés par leurs protégés…



Bonne et heureuse année 2007 !



Alors que la Commission rwandaise s’apprête, ce mois-ci et au cours de l’année 2007, à écouter, dans le cadre de la seconde phase de ses auditions, les témoins dits « de faits », c’est-à-dire des témoins et victimes directs des actes reprochés aux soldats et officiels français, et que plus de 70 d’entre eux se sont déjà fait connaître, on apprenait hier que la France vient de déclassifier 105 notes des services secrets de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure). Cette décision permet ainsi à la juge d’instruction du Tribunal aux Armées de Paris, Florence Michon, d’y avoir accès. Ce, dans le cadre de son enquête consécutive aux plaintes contre X déposées par six victimes tutsies accusant les militaires français d’avoir, durant le génocide de 1994, commis viols, meurtres et laissé des miliciens génocidaires enlever des réfugiés tutsis dont ils étaient chargés de la protection.

Notes :

[1] Pour les conditions de la mise en place de la Commission rwandaise, lire :

"Un étendard sanglant à laver (2ème partie)"

[2] Mouvement Républicain National pour la Démocratie et le développement, le parti au pouvoir sous Habyarimana
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