KIGALI, 26 juil 2007 (AFP) - Le Rwanda a aboli la peine capitale
pour tous les crimes, y compris ceux de génocide, ce qui lève le
principal obstacle au transfèrement à la justice de Kigali d'accusés
du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).
La loi organique a été publiée au Journal officiel mercredi soir
et est donc entrée en vigueur, a précisé à l'AFP jeudi le ministre
rwandais de la Justice, Tharcisse Karugarama.
Cette loi, présentée par le parti au pouvoir, le Front
patriotique rwandais (FPR) du président rwandais Paul Kagame, avait
été votée début juin par l'Assemblée nationale, puis par le Sénat le
11 juillet.
Le FPR est issu de l'ex-rébellion majoritairement tutsie qui a
mis fin au génocide au Rwanda en juillet 1994. Le génocide a fait,
selon l'ONU, environ 800.000 morts, essentiellement parmi la
minorité tutsie.
L'abolition de la peine capitale était l'une des conditions
posées par le TPIR pour transférer devant la justice rwandaise des
accusés devant initialement être jugés par le tribunal international
pour leur participation présumée au génocide.
Le TPIR, basé à Arusha (Tanzanie), est chargé de rechercher et
juger les principaux responsables présumés du génocide.
"L'abolition de la peine de mort a été faite au Rwanda dans
l'intérêt purement national", a commenté jeudi le ministre rwandais,
ajoutant: "S'il y a des pays qui ont accepté de transférer certains
dossiers génocidaires devant la justice rwandaise, nous saluons
cette coopération".
"Il y a certains pays avec lesquels nous avions signé des
accords d'extradition des génocidaires rwandais. Nous avons
confiance (dans le fait) qu'ils continueront à collaborer dans cette
voie", a-t-il précisé, sans citer de noms.
"Nous sommes prêts à coopérer avec les pays du monde entier pour
traquer tous les présumés génocidaires rwandais en fuite, afin
qu'ils puissent être jugés pour les crimes commis au Rwanda", a
affirmé le ministre.
L'Union européenne a salué cette décision, estimant qu'elle
favoriserait "la réconciliation et la justice" dans ce pays.
Plus de 600 condamnés se trouvent actuellement dans le couloir
de la mort au Rwanda pour leur implication dans le génocide. Ces
condamnés verront donc leur peine commuée en prison à perpétuité.
Depuis le début des procès des génocidaires présumés, le Rwanda
a appliqué une seule fois la peine capitale lorsque 22 condamnés
pour génocide ont été exécutés en 1998.
Le transfert d'affaires devant des juridictions nationales est
devenu indispensable en raison des contraintes de calendrier du
TPIR. Le Conseil de sécurité de l'ONU, qui a instauré le tribunal en
novembre 1994, lui a ordonné d'achever les procès en première
instance en 2008.
Le TPIR a prévu de renvoyer certaines affaires de moindre
envergure devant des juridictions nationales.
Pour la tenue de procès au Rwanda, le TPIR a toujours demandé
des garanties à Kigali, dont la non-application de la peine de
mort.
Pour la première fois dans l'histoire du TPIR, le procureur en
chef Hassan Bubacar Jallow (Gambie) avait déposé le 11 juin une
requête pour renvoyer devant la justice rwandaise un premier accusé
du tribunal. Les juges du TPIR n'ont pas encore statué.
A propos des récentes arrestations en France de présumés
génocidaires rwandais, M. Karugarama a rappelé qu'il "n'existait
aucun accord d'extradition" avec la France.
"Mais au cas où la justice française accepte de coopérer pour
faire comparaître devant la justice ou extrader des présumés
génocidaires, ce sera un geste salutaire", a-t-il relevé.
Le Rwanda et la France entretiennent des relations extrêmement
tendues, Kigali accusant Paris d'avoir soutenu les génocidaires.
Kigali a rompu ses relations diplomatiques avec Paris en 2006.
str-lp/cf
AFP 261710 GMT JUL 07