IBUKA devient européen
Paris, 25 novembre (ARI) - Les représentants dans le monde d’Ibuka – association chargée de perpétuer la mémoire des rescapés du génocide des Tutsi au Rwanda- étaient, ce dimanche, réunis à Paris dans le cadre de leur réunion annuelle. Parmi les décisions prises à l’occasion de cette assemblée, celle de constituer un bureau européen, Ibuka-Europe, dont la naissance est prévue pour mars 2008, a constaté l’Agence Rwandaise d’Information (ARI).
Les représentants d’Ibuka-Hollande, Suisse, Belgique, France et Rwanda étaient donc présents aujourd’hui dans la capitale française. C’est à l’issue de deux journées de discussions qu’a été pris un ensemble de recommandations à l’attention aussi bien des membres d’Ibuka, du gouvernement rwandais que de la communauté internationale.
Ces recommandations concernent les quatre axes suivants : la situation des rescapés du génocide des Tutsi, la création du bureau Ibuka-Europe, le négationnisme ainsi que la Justice.
Ibuka a d’abord tenu à rappeler la situation précaire, aussi bien sur le plan matériel que sécuritaire, des rescapés du génocide. Ainsi a-t-il été mis l’accent sur le fait que nombreux sont les crimes à ce jour encore perpétrés à leur encontre par des prisonniers fraîchement sortis des prisons rwandaises. Des crimes qui seraient, selon Ibuka, commis dans la même logique génocidaire que celle qui prévalut, il y a 13 ans au Rwanda, au massacre planifié des Tutsi. Quand il ne s’agit pas d’assassinats, nombreux sont les rescapés tutsi à être toutefois menacés verbalement ou à voir leurs biens saccagés.
Par ailleurs, l’idée qui prévaut à la création d’Ibuka-Europe est de donner à l’association les moyens de s’adresser à des structures européennes. C’est Marcel Kabanda, président d’Ibuka-France, qui vient d’en être élu président pour les deux première années. Il sera remplacé, d’ici deux ans, par un nouveau président choisi parmi ceux des représentations nationales d’Ibuka. Un comité provisoire d’Ibuka-Europe vient d’être mis sur pieds aux fins de créer un bureau définitif à l’échéance de mars 2008. Ibuka-Europe organisera des conférences et développera des partenariats, notamment avec les représentations européennes et mondiales de communautés ayant elles-mêmes été victimes de génocide. La nouvelle structure doit également permettre la récolte de fonds auprès de l’Union européenne, destinés à aider les rescapés du génocide dans leur survie. Ces derniers souffrent en effet de pathologies lourdes aussi bien de nature physique que psychologique, ce à quoi la médecine au Rwanda ne peut, à ce jour, apporter de solution satisfaisante. C’est également pour rencontrer l’association française Médecins du Monde et ainsi engager la deuxième phase d’un projet ayant démarré il y a plus de neuf mois, que le vice-président d’Ibuka-Rwanda, Eugène Gashugi, était aujourd’hui présent à Paris, l’aide de l’association française étant principalement de natures institutionnelle et financière.
Ibuka continue également activement sa lutte contre le négationnisme qui n’a jamais cessé depuis le génocide. Sur le plan légal, Ibuka-Belgique a ainsi constaté, auprès de RNA, le recul du gouvernement belge relatif à l’extension de la Loi sur le négationnisme du génocide des Juifs aux fins d’y inclure celui du génocide des Tutsi du Rwanda. Ibuka-Europe sera notamment chargé de suivre de près le projet de loi européen relatif à la répression du négationnisme des génocides.
Pour ce concerne enfin le volet judiciaire, Ibuka a constaté, note RNA, que nombreux sont encore les présumés génocidaires qui circulent librement en Europe et compte donc, par le biais de sa nouvelle structure européenne, obtenir qu’ils soient jugés pour leurs crimes.(FIN)
Par notre correspondant à Paris, Serge Farnel