PARIS - La justice française a ouvert une enquête visant Callixte Mbarushimana, un des dirigeants en exil des Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), soupçonné d'avoir participé au génocide de 1994, a indiqué mardi une source judiciaire à Paris.
Cette source a précisé que toutes les enquêtes concernant de présumés génocidaires seraient désormais centralisées à Paris. Neuf y ont, au total, été ouvertes.
L'enquête visant M. Mbarushimana, confiée par le parquet de Paris à la brigade criminelle de la police, a été ouverte après le dépôt, en février, d'une plainte du collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), une association de victimes.
M. Mbarushimana est secrétaire exécutif des FDLR, mouvement hutu basé dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Ces rebelles sont accusés par Kigali d'avoir participé au génocide rwandais de 1994, qui a fait 800.000 morts, selon l'ONU, essentiellement au sein de la minorité tutsie.
Callixte Mbarushimana signe depuis Paris les communiqués de presse émanant des FLDR, également publiés depuis l'Allemagne et la Belgique.
Kigali, qui réclame son extradition, l'accuse d'avoir tué et fait tuer de nombreux Tutsis, dont plusieurs de ses collègues alors qu'il travaillait pour le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) à Kigali pendant le génocide.
M. Mbarushimana avait été arrêté en avril 2001 au Kosovo, où il travaillait pour l'ONU, mais faute de preuves suffisantes, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) avait renoncé en septembre 2002 à le poursuivre.
Callixte Mbarushimana a obtenu le statut de réfugié fin 2003 en France, ce qui n'interdit pas les poursuites judiciaires.
Le parquet de Paris a également ouvert récemment plusieurs informations judiciaires contre des Rwandais vivant en France et soupçonnés d'avoir pris part au génocide.
L'une, visant Agathe Habyarimana, veuve de l'ancien président rwandais, pour "complicité de génocide et de crimes contre l'humanité", l'a été le 13 mars.
Une première information visant Mme Habyarimana avait été ouverte en mai 2007 à Evry, près de Paris. Le dossier avait ensuite été transféré à l'automne dans la capitale, mais pour des raisons techniques, une nouvelle information judiciaire devait être ouverte à Paris.
Une information judiciaire contre X visant Dominique Ntawukuriyayo, ancien sous-préfet, pour "génocide, crimes contre l'humanité et complicités", a été également ouverte le 13 mars.
La cour d'appel de Paris a décidé en février de le remettre au TPIR, mais M. Ntawukuriyayo s'est pourvu en cassation.
Enfin, une information judiciaire a été ouverte le 5 février pour les mêmes chefs contre Eugène Rwamucyo, un médecin rwandais.
Le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France en novembre 2006, après le lancement de mandats d'arrêt contre neuf proches du président Paul Kagame, dans le cadre de l'enquête sur l'attentat, le 6 avril 1994, contre Juvénal Habyarimana, qui avait été un des éléments déclencheurs du génocide.
Les relations entre la France et le Rwanda sont tendues depuis le génocide, Kigali accusant Paris d'avoir soutenu militairement, même après le début des massacres, le régime extrémiste hutu.
(©AFP / 01 avril 2008 15h50)